3 questions à Marine Gall, directeur de l'accélérateur Air France

Chargée de l'accélération de la transformation et de la mise en perspective de toutes les démarches innovation au sein de la Direction de la Transformation chez Air France, Marine Gall est l'une des 7 membres du Conseil d'Orientation de notre Recherche Collaborative. Nous avons pu l'interroger lors du kick-off du projet, le 28 mars dernier. Elle nous livre sa vision singulière de l'intrapreneuriat et la façon dont elle compte « Booster le futur » d’Air France…

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Quel est aujourd’hui votre rôle et votre implication dans l’innovation interne d’Air France ?

Je porte au sein de la Direction de la Transformation, la vision Innovation. Mon rôle est de contribuer à l’accélération de l’innovation au sein d’Air France, qui s’entend aussi bien comme l’innovation des métiers, l’open-innovation, mais aussi l’intrapreneuriat. Je suis convaincue qu’il s’agit d’une énergie extrêmement positive qui engage les hommes et les femmes, favorise l’intelligence collective et collaborative, surtout dans les contexte concurrentiels et complexes que nous connaissons aujourd’hui.

J’avais déjà mis en place une première démarche d’incubation interne par des hackathons. Aujourd’hui, j’ai créé le premier programme d’intrapreneuriat d’Air France, « Boostez le futur », qui accompagne l’énergie créatrice des salariés pour développer de nouvelles sources de revenus.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme « Boostez le futur » ?

La première édition du programme a été lancée le 1er février 2018. Il dure un an et se décompose en trois phases principales. Une première phase d’appel à idées de 2 mois, au cours de laquelle l’ensemble des salariés est invité à constituer des équipes et déposer leurs projets sur une plateforme en ligne collaborative. Cela a généré une forte émulation : 120 idées ont été déposées, commentées et likées par une communauté de plus 2 200 personnes inscrites sur la plateforme. Plusieurs rencontres ont été organisées à cette occasion sur les temps de déjeuner, pour accompagner les équipes dans la constitution de leur dossier. Une séquence de préparation pitch a par exemple réuni plus de 18 équipes venues s’y préparer, ce qui n’est pas négligeable.

A l’issue de cette période, 11 projets ont été sélectionnés par un jury, sur 42 dossiers déposés. Ils sont invités à venir pitcher leur projet devant le jury le 9 avril prochain. 5 projets seront retenus pour le Booster Camp, phase de maturation du programme, au cours de laquelle ils seront formés pendant 4 jours intensifs, puis à raison d’un jour par semaine, aux principales méthodologies de startups (méthodes agiles, consumer-centric approach). Ces temps d’apprentissage, valorisés comme une véritable formation dans leur cursus, leur permettra de consolider un « minimum viable product » pour le présenter au jury final, le 8 juin prochain.

Ce dernier ouvrira la troisième phase du programme, en sélectionnant les équipes qui seront sponsorisées et détachées à plein temps sur le développement de leurs projets. Nous sommes en train de construire les modalités de cette phase d’incubation et aux lieux dans lesquels nous pourrions l’envisager.

Quelles sont les questions que vous cherchez à résoudre à travers notre projet de Recherche Collaborative ?

Tout d’abord, j’aimerais qu’il nous permette une meilleure compréhension du statut de l’intrapreneur et de l’idée de l’intrapreneur : à qui appartient-elle ?  Cette question va notamment se poser dans la phase d’accélération de notre programme.

La seconde question qui m’anime est celle de la multiplication de ces initiatives, qui relèvent aujourd’hui du micro, en une stratégie au niveau macro de l’entreprise. Au -delà des hommes et des femmes que nous allons emmener, révéler, comment permettre une infusion de cet esprit intrapreneurial, de cette nouvelle façon de travailler dans les organisations traditionnelles de l’entreprise ? Comment cela vient-il perfuser les modes de fonctionnement classiques, rigides, hiérarchiques qui les caractérisent ? Cette seconde question est un enjeu partagé par beaucoup d’entreprises qui, comme nous, se lancent sur le sujet.

Propos recueillis par Laëtitia Gabay-Mariani